Quatrième album studio de Noir Dez, sorti en 1996. Lorsqu'il sort à la fin de l'année 96, le groupe vient encore de traverser un passage très délicat, marqué par l'opération des cordes vocales de Bertrand et par le départ de Frédéric Vidalenc, bassiste du groupe. Au premier abord, 666.667 Club déroute. D'abord par son titre, énigmatique : " Il vient d'un concours, où il s'agissait de savoir, à l'aide d'un métronome électronique, qui allait jouer le plus vite en tapant sur un clavier. Serge, le premier, est arrivé au chiffre 666. Ensuite, nous tous, jusqu'à l'ingénieur et le producteur sommes tombés sur ce chiffre ! D'où le club. C'était drôle d'avoir le chiffre de la bête et de rajouter une lueur d'espoir avec le 7." Puis par sa pochette, muette, où un ciel bleu et un soleil brillant suggèrent une atmosphère seraine, innattendue chez Noir Désir. Et par son morceau d'ouverture, 666.667 club, instrumental, qui, après un début très rock, bascule dans un étourdissant mélange raï/free-jazz, où Akosh S. signe une contribution remarquée. Le message est très clair : Noir Désir veut évoluer, voire surprendre. Cette envie, Sergio l'avait laissée deviner lorsque questionné au sujet de Noir Désir à l'occasion de la sortie de Silence Radio, il déclarait : " C'est un moment intéressant dans la vie du groupe. On a joué tellement à fond au cours des dernières années qu'il faut maintenant inventer quelque chose d'autre... Le recours systématique à la rage et au volume sonore ne mènerait à rien." Ce constat lui permet d'éviter la surenchère qu'il avait atteinte sur Tostaky et, dans la lignér de Silence Radio, de diversifier son jeu. Autre changement notable : l'effet fait sur les mélodies, qui sont souvent accrocheuses. Cette retenue s'observe aussi chez Bertrand, contraint de ménager sa voix. Ce qu'il perd en incandescence, il le gagne en variété. Son essai de rap sur L'Homme Pressé, est assez convaicant, et en charge émotionnelle, comme le révèlent A ton étoile, Ernestine, Septembre en attendant, A la longue, qui sont les titres les plus calmes de l'album. Mais on apprécie aussi cette évolution sur des morceaux plus fougueux (Fin de Siècle, Un Jour En France, Comme Elle Vient, L'Homme Pressé) où, pour la première fois depuis Veuillez Rendre L'Âme, Noir Désir réussit à communiquer son énergie de manière convaincante sans jamais sombrer dans la démesure et les effets faciles. 666.667 Club est aussi le premier disque politique de Noir Désir, celui sur lequel Bertrand aborde de front des thèmes de société, comme le Front National (la chanson Un Jour En France et sa fameuse phrase restée célèbre : FN Souffrance qu'on est bien en France), la fascination pour l'argent et le pouvoir (L'Homme Pressé) et le XXe siècle finissant (Fin de Siècle) dont il dresse un bilan grinçant. La référence au Sous-Commandant Marcos sur A Ton Etoile entretient ce climat. Ce positionnement, en phase avec la désillution croissante de nombreux Français vis-à-vis de la politique et de l'évolution du monde, va beaucoup contribuer au succès de l'album. Le disque se clôt sur deux morceaux en hommage à des "disparus" chers au groupe. Tout d'abord Szptembre En Attendant, morceau interprété par Bertrand et Frédéric Vidalenc. Fait rarissime chez Noir Désir, qui a toujours signé ses compositions collectivement, la musique est créditée à Frédéric Vidalenc. Une façon très élégante de lui assurer des revenus directs sur les ventes. Puis le dernier morceau (qui est en fait un morceau caché) Song For JLP, en hommage au chanteur du groupe Gun Club, Jeffrey Lee Pierce. Comme Tostaky, 666.667 Club reçoit un accueil enthousiaste du public, et devient un rapide succès commercial. (En Juillet 2002, ses ventes en Europe atteignent le chiffre d'un million d'exemplaires.) Séduisant les fans de rock comme les amateurs de chansons à texte, cet album impose définitivement Noir Désir comme le seul groupe français capable de se remettre en cause et de toucher un public toujours plus large sans jamais se renier. Voici ci-dessous la liste des chansons composant cet album :
1. 666.667 Club
2. Fin de siècle
3. Un jour en France
4. A ton étoile
5. Ernestine
6. Comme elle vient
7. Prayer for a wanker
8. Les persiennes
9. L'homme pressé
10. Lazy
11. A la longue
12. Septembre en attendant
13. Song for JLP
Singles extraits de 666.667 Club : A Ton Etoile, Septembre En Attendant (live), Hasta Tu Estrella (version espagnole d'A Ton Etoile), Back To You, Là-Bas, Twilight Zone, L'Homme Pressé